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Perceval: lecture de l'épisode du Graal

Publié le par Perceval

Graal-porte-demoiselle.jpgL’épisode du Graal est une scène « unique », énigmatique et mystérieuse. Elle fera ensuite l’objet de trois commentaires : celui de la cousine, celui de la demoiselle à la mule fauve et enfin celui de l’ermite. Ils font appel au « péché » de Perceval, il est chassé du château … Cette scène a un caractère merveilleux, un peu comme s’il s’agissait d’un rêve… Elle n’a pas d’emblée un caractère chrétien. Même si elle se présente comme « liturgique » …Il s’agit de guérir le roi blessé ( entre les hanches...! ) et de redonner fécondité à sa terre. Perceval ne saura pas y prendre part. Il y a une procession avec des cierges, un calice… L’assistance est celle d’un repas fastueux. La lance saigne, et ce sont des jeunes filles qui portent deux des objets sacrés. L’explication de l’ermite invite à voir dans le Graal un ciboire dans lequel est portée l’hostie destinée au père du Roi pêcheur. Aussi, sommes-nous invités à donner une signification religieuse à la lance. Elle saigne, et semble accuser Perceval de son impiété ( Le christ est mort pour racheter les hommes... ! ). Une partie du mystère du Graal, lui sera révélée après sa conversion du vendredi saint. Le conte du Graal, offre dans cette scène un matériaux qui a subi d’autres influences que le christianisme.

Une liturgie pas si « catholique ... » !

- Dans la tradition médiévale, Il était absolument interdit aux femmes de prendre un tel rôle dans une procession de l’Eucharistie selon l’église catholique. Graal-demoiselle.jpg Ce n’est que plus tard, vers l'an 1200, en particulier avec Robert de Boron, que le Graal est la coupe qui ramassa le sang de Jésus Christ sur la croix et la coupe qui se trouva à la Cène.

«  Un graal entre ses 2 meins

Une damoisele tenoit, » (Perceval, vers 3158-3159)

  - La règle du silence, était de bonne éducation… Le récit, cependant en fait la critique, et Perceval ne peut s’empêcher de vouloir comprendre : Il cherche à savoir pourquoi « Tant sainte chose est li Graals » ( Le Graal est chose si sainte) (Perceval, 6351), et à qui l’on fait son service. Mais, il se tait !

Par ailleurs, on lit que les aventures de Perceval, vont consister en une exploration de soi :

- Au début de sa quête : il savait peu à propos de sa famille jusqu’au moment où sa mère lui explique que son père et ses frères étaient des chevaliers : Perceval rencontre sa cousine à son départ du château du Graal qui lui donne son nom (nous découvrons le nom du Perceval pour la première fois (*)  ). Et, il apprend encore plus de sa famille chez l’ermite, qui lui explique qu’il est son neveu… Le Roi Pêcheur et celui qui est servi par le Graal sont des membres de sa famille. The Castle of the Grail by Edwin Austin Abbey Galahad silently witnesses the ailing King Amfortas and the Grail procession Après, cette visite « ratée » au château du Roi Pêcheur, c'est à présent réellement que commence la quête du Graal… Sa quête est donc provoquée par ce silence qui lui a fait perdre les mystères du Graal...

(*) Il faut trouver, pour le chevalier, la brèche qui conduit d'un monde à un autre. Perceval l'a trouvée et son nom révèle cette découverte. N'est-il pas celui qui a ' percé le secret du Val '? En fait, il a su obéir au conseil du mystérieux Roi Pêcheur, à qui il rend visite dans le château du Graal : « Grimpez le long de cette brèche, lui dit-il, qui est taillée dans le rocher, et, quand vous serez arrivé là-haut, vous verrez devant vous, dans une vallée, une maison où j'habite. Dans le roc, symbole de la densité, une brèche s'ouvre et monte : telle est la voie. »

Pour le lecteur du Conte du Graal, il s’agit aussi d’une quête, puisque les mots qui précèdent ne sont que sentiers sur une « carte » d'une possible interprétation … Beaucoup d'autres cartes sont permises.... Ensuite, sera le temps de la véritable découverte du territoire ...

Perceval, après sa visite au chateau L'ermite explique le secret du Graal Parsifal dans Montsalvat, le château du Graal

Après sa visite au château,  

L'ermite explique à Perceval le secret du Graal ...

Parsifal à  Montsalvat, le château du Graal

peinture murale par A. Spiess

Le cortège du Graal avec le calice et la lance, 

en arrière-plane: le silencieux Parsifal 

et le roi blessé.

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Perceval ou Le Conte du Graal - Chrétien de Troyes

Publié le par Perceval

Perceval ou le conte du graal Enluminure_3Le Conte du Graal est le titre donné par Chrétien de Troyes (1135-1185). On pourra toutefois le trouver sous le nom de Perceval ou de Perceval le Gallois.

Écrit au XII° siècle, ce cinquième roman restera inachevé puisque son auteur mourra avant de pouvoir le finir.

L'œuvre est dédiée à Philippe, comte de Flandres, qui a vécu entre 1143 et 1191.

Manuscrit daté de 1330

Reçu au château du Roi Pêcheur, le naïf Perceval assiste au cortège du Graal mais n'ose pas demander qui l'on sert et ce qu'il contient - questions qui auraient permis de guérir le roi infirme et de rendre la prospérité à la Terre Gaste (dévastée)

Le Conte du Graal a été conservé dans quinze manuscrits et a été publié cinq fois.

Le texte a posé problème. Ceci tient essentiellement au nombre de copies conservées, qui illustrent clairement le jeu des croisements, emprunts, contaminations ou échanges, sans parler des réfections ou des retouches plus ou moins arbitraires des moines copistes.

Chrétien n'avait pu écrire "que" 9234 octosyllabes. La suite des aventures de Perceval et de Gauvain est écrite par trois autres auteurs:

- Wauchier de Denain, Gerbert de Montreuil et Manessier sous la forme de 4 continuations totalisant plus de soixante-dix mille vers,

- Puis, d'une adaptation en vers, le Roman de l'histoire du Graal, attribuée à Robert de Boron (vers 1200)

- et d'une prose anonyme, Perlesvaus ( vers 1215). Par ailleurs, l'oeuvre de Chrétien s'intègre au cycle arthurien en prose connu sous le nom de Vulgate arthurienne (vers 1215-1235).

Perceval quitte sa mère

L'histoire en est la suivante: 

Une femme dont les deux premiers fils et le mari ont été tués, se cache dans une forêt pour élever son dernier enfant, Perceval, et l'éloigner de la chevalerie, cause de la mort de ses proches. Cependant, Perceval rencontre un jour un groupe de chevaliers qui le fascinent par leurs armures étincelantes.

Il part, malgré les supplications de sa mère, à la Cour du Roi Arthur. Ce jeune homme niais et rustre se fait remarquer par son attitude, vite oubliée cependant puisqu'il sort vainqueur de son premier combat. Il est alors fait chevalier et part à l'aventure avec un autre chevalier qui le place sous sa protection, Gornemant de Goor. Ce dernier lui apprendra tout ce qu'il devra savoir. Perceval se révèle être doué, ce qui est sans doute dû à ses nobles origines.

Il conquiert, entre-temps, le cœur de Blanchefleur, qui deviendra son épouse. Il continuera cependant ses aventures.

Un soir où il cherche un refuge, le jeune chevalier arrive au château du roi Pêcheur.

Des valets l'habillent d'écarlate et l'introduisent dans une vaste salle carrée au milieu de laquelle gît, à demi couché sur un lit, un homme vêtu de zibeline.

Parsifal avec Amfortas dans le Château du Graal. Peinture murale dans la Salle des Chanteurs, August Spiess, 1883 château de Neuschwanstein

Pendant que Perceval s'entretient avec lui, il est témoin d'un spectacle étrange : Un valet qui tient une lance au bout de laquelle perlait une goutte de sang s'avance. Deux autres valets suivent avec des chandeliers en or. Puis vient une belle jeune fille richement parée. Elle porte un Graal d'or pur orné de pierres précieuses. Une autre jeune fille porte un tailloir ou plateau en argent. L'étrange cortège va d'une pièce à l'autre tandis qu'on prépare un splendide souper. A chaque plat, le cortège réapparaît avec le Graal, sans que les assistants semblent y faire attention.

Bouleversé et intrigué, Perceval, s'interroge. Mais il se souvient des conseils de Gornemant qui lui a recommandé de réfléchir avant de parler et de ne pas poser de questions indiscrètes. De ce fait, il se tait. Après le repas, le châtelain, qu'un mal mystérieux semble ronger, se fait porter dans sa chambre par quatre serviteurs. Perceval s'endort à son tour.

À l'aube, en se réveillant, il trouve le château vide. Actionné par des mains invisibles, le pont-levis s'abaisse devant lui. Perceval reprend la route, mais il est bien décidé à élucider le mystère et surtout à retrouver un jour le Graal. Un peu plus tard, le jeune chevalier rencontrera une dame d'aspect horrible, qui lui reprochera le fait de ne pas avoir posé de questions, ce qui aurait pu sauver le roi pêcheur. Cinq ans plus tard, Perceval rencontrera un vieil ermite, son oncle, qui lui révèlera ce qu'est le Graal.

Sur le récit concernant Perceval, vient également se greffer le personnage de Gauvain, il contraste et complémente la figure de Perceval. Ses aventures nous présentent un chevalier courtois qui doit agir dans des situations contraires à la courtoisie (notamment le mensonge) pour laver son honneur souillé.

Perceval combat le chevalier Vermeil

 

Le conte du Graal a fortement influencé la littérature médiévale.

Le Parzival de Wolfram von Eschenbach est une des plus grandes œuvres de l'Allemagne médiévale.

Un autre personnage est le Gallois Peredur, fils d'Evrawc, héros d'un des trois romans gallois, les Y tair rhamant, associés aux Mabinogion (Ces trois romans sont: Peredur ab Evrawc, Gereint ac Enid, et Owein ).

Sur le plan musical, Wagner, en 1882, présentera son Parsifal, inspiré par Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach.

 

Extraits

Il s'agit du passage où Perceval découvre les chevaliers.

C'était au temps où les arbres fleurissent, les bois se feuillent, les prés verdissent, où les oiseaux dans leur latin avec douceur chantent au matin, et où toute chose s'enflamme de joie: le fils de la Veuve Dame de la Déserte Forêt perdue se leva et de bon cœur sella son cheval de chasse, se saisit de trois javelots et sortit ainsi du manoir de sa mère en se disant qu'il irait voir les herseurs qui pour sa mère hersaient les avoines, avec leurs douze bœufs et leurs six herses.

Ainsi pénètre-t-il dans la forêt et aussitôt, au fond de lui, son cœur fut en joie pour la douceur du temps et pour le chant qu'il entendait des oiseaux qui menaient joie. Toutes ces choses lui plaisaient. Le temps était doux et serein: il ôta au cheval son frein et le laissa librement paître à travers la nouvelle herbe qui verdoyait. En homme très habile au lancer, il allait lançant tout alentour les javelots qu'il portait, en arrière, en avant, en bas, en haut.

Pour finir, il entendit parmi le bois venir cinq chevaliers armés, de toutes pièces équipés. Elles faisaient un grand vacarme, les armes de ceux qui venaient! A tout instant se heurtaient aux armes les branches des chênes et des charmes, [les lances se heurtaient aux écus, les mailles des hauberts crissaient], tout résonnait, bois ou fer des écus et des hauberts. Le jeune homme entend, mais sans les voir, ceux qui arrivent à vive allure.

Il s'en émerveille et se dit: "Sur mon âme, elle a dit vrai, madame ma mère, quand elle m'a dit que les diables sont la plus effrayante chose du monde! Elle a dit encore, pour m'enseigner, qu'il faut, pour eux, se signer. Mais non! Jamais je ne ferai le signe de croix, je n'ai pas besoin de cet enseignement. Au contraire! Je serai si prompt à frapper le plus fort d'un des javelots que je porte que, certes, n'approchera de moi aucun des autres, j'en suis sûr!"

Voilà ce que se dit à lui-même le jeune homme, avant de les voir. Mais quand il les vit tout en clair, au sortir du bois, à découvert, quand il vit les hauberts étincelants, les heaumes clairs et brillants [et les lances et les écus, choses qu'il n'avait jamais vues], quand il vit le vert et le vermeil reluire en plein soleil, et l'or, et l'azur et l'argent, il trouva cela vraiment beau et noble et s'écria: "Doux Seigneur, mon Dieu, pardon! Ce sont des anges que je vois là! C'est vraiment grand péché de ma part, et bien mauvaise action d'avoir dit que c'était des diables. Elle ne m'a pas raconté d'histoire, ma mère, en me disant que les anges sont les plus belles choses qui soient, Dieu excepté, qui est plus beau que tout. Mais c'est Notre Seigneur Dieu lui-même, c'est sûr, que je vois ici! Car il en est un de si beau, que je regarde, que les autres, Dieu me garde! n'ont pas le dixième de sa beauté. C'est ma mère elle-même qui m'a dit qu'on doit croire en Dieu et l'adorer, s'incliner devant lui et l'honorer. Je vais donc adorer celui-ci et tous ses anges avec lui."

 

Voici le passage où Perceval est au château du roi Pêcheur:

Tandis qu'ils parlaient de choses et d'autres, un jeune noble sortit d'une chambre, porteur d'une lance blanche qu'il tenait empoignée par le milieu. Il passa par l'endroit entre le feu et le lit où ils étaient assis, et tous ceux qui étaient là voyaient la lance blanche et l'éclat blanc de son fer. Il sortait une goutte de sang du fer, à la pointe de la lance, et jusqu'à la main du jeune homme coulait cette goutte vermeille.

Le jeune homme nouvellement venu en ces lieux, ce soir-là, voit cette merveille. Il s'est retenu de demander comment pareille chose advenait, car il lui souvenait de la leçon de celui qui l'avait fait chevalier et qui lui avait enseigné et appris à se garder de trop parler. Ainsi craint-il, s'il le demandait, qu'on ne jugeât la chose grossière. C'est pourquoi il n'en demanda rien.

Deux autres jeunes gens survinrent alors, tenant dans leurs mains des candélabres d'or pur, finement niellés. Les jeunes gens porteurs des candélabres étaient d'une grande beauté. Sur chaque candélabre brûlaient dix chandelles pour le moins.

D'un graal tenu à deux mains était porteuse une demoiselle, qui s'avançait avec les jeunes gens, belle, gracieuse, élégamment parée. Quand elle fut entrée dans la pièce, avec le graal qu'elle tenait, il se fit une si grande clarté que les chandelles en perdirent leur éclat comme les étoiles au lever du soleil ou de la lune. Derrière elle en venait une autre, qui portait un tailloir en argent.

Le graal qui allait devant était de l'or le plus pur. Des pierres précieuses de toutes sortes étaient serties dans le graal, parmi les plus riches et les plus rares qui soient en terre ou en mer. Les pierres du graal passaient toutes les autres, à l'évidence. Tout comme était passée la lance, ils passèrent par-devant le lit, pour aller d'une chambre dans une autre.

Le jeune homme les vit passer et il n'osa pas demander qui l'on servait de ce graal, car il avait toujours au cœur la parole du sage gentilhomme.

 
 

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La Légende des chevaliers de la Table Ronde – résumé – 8/9 – Perceval et la Quête du Graal

Publié le par Perceval

Sir PercivaleLes aventures individuelles où les chevaliers mesurent leur valeur à force d'exploits et de gloire se poursuivent jusqu'au jour où Perceval arrive à la cour du roi Arthur. Perceval est un jeune homme rustre et naïf dont la bêtise peut faire sourire, mais il est promis à un grand destin. L'enfance de Perceval gagne à être comparée à celle de Finn ( fils de Cumhal).

 

Perceval est le premier témoin du Graal, et cela se passe dans le roman de Chrétien de Troyes : le Conte du Graal ( 1182)...

Le Graal est une coupe magique et sacrée qui a le pouvoir de guérir et d'apporter la prospérité. En revanche, s'il n'est pas retrouvé par celui qui doit être son gardien et protecteur, de grands malheurs peuvent s'abattre et dévaster un pays tout entier, comme celui du Roi-Pêcheur.

 

Ferdinand Leeke (1859-1923), Parsifal en Quête du Saint Graal - 1911 Ferdinand Leeke (1859-1923), Parsifal en Quête du Saint Graal - 1911

Perceval reste sous l'emprise d'une « faute » qui l'empêche de poser deux questions salvatrices devant la lance qui saigne et le Graal.

3 gouttes_de_sang-miniature_enluminee_du_cycle_arthurien Perceval

Dans les continuations du Perceval, il poursuit une quête de chevalier errant après avoir été marqué par la fatalité saturnienne de la Mélancolie ( gouttes de sang dans la neige et révélation christique du vendredi saint par un ermite).

Ensuite, la Quête du Graal est proposée aux chevaliers de la table Ronde, et tous vont alors se lancer dans cette quête mystique. 

La quête du Graal n'est pas pour les chevaliers le moyen de réaliser une nouvelle prouesse personnelle. Ceux qui le croient sont d'ailleurs rapidement disqualifiés. Il s'agit d'une quête collective au départ, puis individuelle parce que spirituelle. Les hommes doivent oublier leur vanité et leur ambition pour se mettre au service d'une cause commune qui les dépasse. Retrouver le Graal, c'est permettre à toute la société Arthurienne de s'élever au dessus du plan humain, de s'ouvrir à des valeurs spirituelles et morales, d'accéder à une dimension héroïque et sacrée.

 

The Arthurian Tradition - Perceval, Galahad, & Bors Fulfill Grail Quest Seuls, Perceval, Galahad, & Bors achèvent leur Quête du Graal ...

Après une longue errance, trois chevaliers seulement parviennent à s'approcher du Graal : Perceval, Bohort et Galaad. Seul Galaad, le fils de Lancelot pourra, grâce à sa pureté exceptionnelle regarder à l'intérieur de la coupe et observer son mystère, mais il n'y survivra pas et sera emporté par les anges dans un moment d'extase. 

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Le Graal - 3/3 - mythe et christianisation

Publié le par Perceval

 <-- Joseph d'Arimathie et ses compagnons emportant le Graal de Palestine, détail du manuscrit (1220-1230) conservé à la bibliothèque de Rennes

Le Graal de Chrétien de Troyes (1) est un objet mystérieux et énigmatique dont il ne dévoile ni les origines ni le contenu. Il n’est pas le Saint Graal de Robert de Boron, explicitement lié à l’histoire du Christ par l’intermédiaire de Joseph d’Arimathie. Chrétien de Troyes se contente, selon le prologue, d’arrimer, de mettre en vers, le livre du Graal que lui a donné Philippe de Flandres et, plus sûrement, il donne une forme poétique à un récit oral qu’on pourrait qualifier de mythe originel. Il doit aussi beaucoup à des récits arthuriens plus populaires, proches du conte de fées (comme les lais de Marie de France), élaborés par des jongleurs continentaux (notamment armoricains) au contact de leurs confrères de Grande-Bretagne (surtout gallois) depuis la conquête de 1066..

Illustration of Percival Finding Holy GrailC’est dire que les mythes celtiques ont subi, pour arriver jusqu’à lui, une double transformation :
1) d’abord de mythes en légendes et en contes (en Grande-Bretagne après quelques huit siècles de christianisation, 
2) ensuite de légendes et de contes en récit déjà littéraires (surtout anglo-normands).

 
Nous pouvons reconnaître - dans la série de ces textes - avoir à faire dans un mythe en évolution, et alors de parler de christianisation d'un mythe.

Le graal est-il mythique chez Chrétien de Troyes ? Si oui, reste-t-il mythique lorsqu’il devient chrétien ?

Qu'est ce que le Graal ?

L'écriture du Conte du Graal, est bien une création sur le plan imaginaire, et imaginer un mythe moderne, c'est transformer un « mythe vivant » en récit littéraire.

Le graal n'est pas chrétien pour autant …

Il y a christianisation, par exemple d'une corne d'abondance ( mythologie celtique ) en coupe destinée à recevoir une hostie pour le roi pêcheur. Chrétien de Troyes ne nous renseigne pas, et Perceval ne pose pas la question attendue …
 

Ainsi le Graal porte divers possibles : le chaudron rempli de sang du dieu Lugg, la coupe d'or des jeunes filles des puits, le calice qui a reçu le sang du Christ …

Sources : Catherine Nicolas maître de conf. Montpellier

- Personnellement, je peux actualiser la question posée par Chrétien de Troyes, par celle-ci: y a t-il place chez l'humain à un "vide" que le mystère seul peut remplir … ?

(1)  Je rappelle que Chrétien de Troyes (1135-1183) , est un clerc, un copiste, adaptateur de textes. Il écrit sur commande, ainsi pour Marie de Champagne ( 1128-1190) au service de laquelle il reste de 1160 à 1185. Le Conte du Graal est dédié à Philippe d’Alsace ( 1143-1191) ( prétendant éconduit de Marie de Champagne.. ). Chrétien écrit ce roman entre 1182 et 1190, et meurt avant de l’avoir terminé.

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Le Graal - 2/3 -

Publié le par Perceval

christleadsarmyLa relique du Graal, eut, un tel succès, que nous la retrouvons en divers endroits... Parmi les histoires les plus « sérieuses », retenons :

- Lors de la Quatrième croisade a lieu la prise de Constantinople, la ville aux nombreuses reliques : les croisés font main basse sur les trésors (reliques et pierreries) de Constantinople, butin remis entre les mains de l'évêque de Troyes, Garnier de Trainel, en 1204, dans lequel on trouve un morceau de la vraie Croix, du sang du Christ, et le Saint Calice de la Cène... Des témoins affirment qu'en 1610 le Graal était encore à Troyes, mais qu'il disparut durant la période de la Révolution Française.

Dans la cathédrale de Valence, le Saint Cáliz, le Saint Calice

 

- Actuellement, Le Saint Calice, serait conservé la cathédrale de Valence en Espagne …

Le Graal est récupéré par Saint Pierre, et de pape en pape jusqu’à Sixte II qui, sous la persécution de Valérien, est confié en 258 à son diacre Laurent lequel la met en sécurité dans son village près de Huesca (Espagne). En 713 il est transporté par Audebert au monastère bénédictin de San Juan de la Pena qui se trouvera, un siècle plus tard, sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle en Galice. En 1437, le roi Alphonse V d’Aragon remet à la cathédrale de Valencia le calice de pierre (fabriqué entre le IVe s. av. J.-C. et l’an 1), taillé dans une agate verte, sur support d’or et socle d’onyx, portant l’inscription « La Florissante » en arabe, qui est placé sous la garde de la Confrérie du Saint Calice de la Cène et enchâssé dans la chapelle du Saint Calice.

holy-grail (1)

- Enfin, la légende arthurienne, selon Joseph de Boron : Joseph d'Arimathie transmet le Saint Calice à son beau-frère (Hébron, ou Bron), époux de sa sœur (Enygeus), qui le transmet à son tour à son fils, Alain, qui le transporte aux Vaux d'Avaron, un endroit inconnu que certains interprètent comme étant l'île d'Avalon, elle-même identifiée à Glastonbury.

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Le Graal - 1/3 -

Publié le par Perceval

C'est Chrétien de Troyes, en écrivant Perceval le Gallois ou le Conte du Graal (1181), qui enrichit la légende arthurienne d’un nouveau thème : la quête du Graal. 

Le-graal-au-coin-de-l---nigme

'Graal', provient ( XIIe s. ) d'une forme occitane (gré, gréau ou grial en langue d’oc) et une forme provençale (grasal) issues du latin médiéval gradalis qui désignait un « plat large et peu profond »...

Devenu nom propre vers 1200, le mot s’est spécialisé au sens de « plat de la Cène ».

Dans Le Roman de l’Estoire dou Graal (1200-1210) de Robert de Boron, le Graal apparaît bien comme la relique précieuse qui a servi au Christ à Pâques, et ensuite à Joseph d'Arimathie pour recueillir le sang du Christ crucifié …Hélène ou Sainte Hélène (vers 247-250 - vers 329-330), est une impératrice romaine, épouse de Constance Chlore et mère de Constantin

Pourtant, dès le IVe s., Hélène, la mère de l'empereur Constantin était à Jérusalem, à la recherche de sites chrétiens. En 327, elle pense découvrir la tombe de Jésus et un morceau de la vraie croix, et trouve divers objets, dont un calice.

Une légende de l'époque ( tradition orthodoxe …) dit que Marie-Madeleine avait recueilli la coupe, et c'est ce qu'Hélène pense avoir trouvée. On l'appela la « calice de Marie ». Il est transporté à Rome. Ensuite, l'historien du Ve s. Olympiodore écrit, qu'il est transporté en Bretagne en 410 pour le protéger, lorsque Rome est est mis à sac par les Wisigoths.

Ainsi, quelques dizaines d'années plus tard, le Roi Arthur est censé pouvoir le rencontrer. The_Damsel_of_the_Sanct_Grael_or_Holy_Grail

Le Graal est décrit comme une coupe d’abondance dans le Lancelot-Graal ( 1225) lorsque, les Chevaliers de la Table Ronde étant réunis le jour de la Pentecôte, apparaît un vieillard en robe blanche tenant un jeune chevalier vêtu d’une armure couleur de feu, Galaad, qui annonce au Roi et à ses compagnons la venue du Graal, lequel, se manifestant dans les airs, remplit la palais de parfums et charge les tables de mets succulents. 

 

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A suivre ...

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Qui est Perceval ?

Publié le

Parsifal d'Odilon Redon 1840-1916Parsifal d'Odilon Redon 1840-1916

Perceval ( le gallois) est aussi nommé : Peredur ou Parsifal, Parsival, Percival, Percifal, Persifal … Enfant, il vit dans une forêt, entouré de femmes, et ne connaît pas son père. Là, il voit pour la première fois des chevaliers et décide de se consacrer à la chevalerie. Dans la plupart des contes il est de naissance noble et le petit dernier d’une fratrie de chevaliers tous morts au combat.

Son père est soit le roi Pellinor de Listenois, soit quelque chevalier valeureux.

Sa mère, habituellement anonyme, joue un rôle important dans l’histoire. Elle est partie vivre seule dans un manoir au milieu d’une gaste forêt (perdue, isolée) pour empêcher son fils de devenir chevalier.

Sa sœur, porteuse du Saint-Graal, est parfois appelée Dandrane. Dans les versions où Perceval est le fils de Pellinor, ses frères sont Tor, Agloval, Lamorat de Galles, et Dornar.Perceval et sa mère

Perceval, est donc élevé par sa mère, dans l’isolement de la forêt en lui faisant ignorer jusqu’à l’âge de 15 ans comment se conduisent les hommes. Un jour, en jouant au javelot dans la forêt, le jeune Perceval rencontre cinq chevaliers aux armures si étincelantes qu’il les prend pour des anges. Il veut alors devenir lui-même chevalier, et se rend à la cour du roi Arthur ; après être Initié par Gornemant de Goort à la technique et aux règles du combat, et s'’être révélé comme un excellent combattant il est adoubé et invité à se joindre aux Chevaliers de la Table Ronde. En combattant pour défendre Blanchefleur, Perceval découvre la dimension courtoise et morale de la chevalerie. Richard Wagner, Parsifal par Willy Pogany 

Richard Wagner, Parsifal par Willy Pogany

Dès les récits les plus anciens il est impliqué dans la Quête du Graal. Chez Chrétien de Troyes il rencontre le Roi Pêcheur blessé et voit le Saint-Graal, mais s’abstient de poser la question qui aurait guéri le souverain. Ayant appris son erreur il ne cherche plus qu’à retrouver le château du Graal et à terminer sa quête. Perceval accomplit  alors un chemin intérieur. Il est '' tout égaré en lui-même  et il en oublie Dieu ''. 

Sir Perceval rencontre un moineIl prend conscience pour la première fois de sa conduite et de la faute qu'il a commise en oubliant sa mère, et il a soudain la révélation de son nom, Perceval le Gallois. Un ermite rencontré le Vendredi Saint lui explique son péché et lui révèle qu'il appartient à un haut lignage, qu'il est le parent non seulement du roi Arthur, mais aussi du Roi-Pêcheur. Il ne lui reste plus qu'à faire pénitence pour obtenir le pardon de ses péchés.

Le parcours de Perceval est donc un parcours d'initiation : il est introduit dans le mystère du saint Graal. L'inachèvement du roman nous empêche cependant d'en connaître la fin.Ian Brown - Perceval

Perceval était ''attendu''... Effectivement, à son arrivée à la cour d'Arthur, selon Chrétien de Troyes, une prédiction se réalise : une jeune fille qui n'avait pas ri depuis six ans rit en voyant le jeune homme et reconnaît en lui un chevalier que "nul ne surpassera".

Perceval apparaît alors, sinon comme le libérateur attendu par tout un lignage, du moins comme un chevalier promis à une destinée exceptionnelle. II est différent d'Erec, de Cligès, d'Yvain et même de Lancelot, dont la conduite est surtout commandée par des valeurs courtoises et chevaleresques.

Avec Perceval, qui a été confronté à la liturgie du Graal, la chevalerie se confond avec une éthique morale et trouve son couronnement dans la découverte des valeurs religieuses. Parsival 2 Des récits ultérieurs font de Galahad, le fils de Lancelot, le véritable héros du Graal. Mais même si son rôle dans les romans a été amoindri, Perceval est resté un personnage important et il est un des deux seuls chevaliers (l’autre étant le chevalier Bohort) qui ont accompagné Galahad au château du Graal et ont mené la recherche avec lui. Dans des versions précoces, la bien-aimée de Perceval est Blanchefleur et il est devenu roi de Corbénic après avoir guéri le Roi Pêcheur, mais dans des versions postérieures, il est resté vierge et est mort après avoir retrouvé le Graal. Dans la version de Wolfram, le fils de Perceval est Lohengrin, le chevalier au cygne.

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