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Mélusine, ou la question de la place du féminin. 3/3

Publié le par Perceval

Mélusine, ou la question de la place du féminin. 3/3

« Le mythe de Mélusine joue de la curiosité et de la peur du sexe féminin : melusine-3.gifle comte de Lusignan, transgressant le pacte conclu, épie sa femme un fatal samedi pour découvrir qu’elle a une énorme queue de poisson, qui lui inspire peur, dégoût, colère et rejet. Cette ambivalence de l’image féminine, qui engendre fascination émerveillée et répulsion horrifiée, comporte plusieurs aspects.

Mélusine est à la fois une certaine forme de la nature: elle est fée de la nature, elle en incarne la fécondité, elle est mère nourricière, bâtisseuse et défricheuse. Mélusine enfants

Cette position a pu être interprétée au départ comme représentation matriarcale, puisqu’elle est celle qui fonde la ignée, qui apporte la gloire, la richesse, la force, une interprétation que l’anthropologie contemporaine nie dans sa réalité, puisqu’elle affirme qu’il n’existe pas de société matriarcale.

Mais le problème n’est pas là : nous nous intéressons à l’imaginaire et à ses représentations ; nous voyons qu’il y a avec Mélusine l’image d’une femme originelle, qu’elle incarne comme femme et comme mère l’origine. » 

La femme apparaît comme celle qui va éduquer et maîtriser les passions absolument violentes de l’homme. Elle est bâtisseuse et défricheuse, mais surtout civilisatrice. Cette fonction est, en filigrane, une fonction menacée. 

Femme battue au Moyen-age

La violence de l’homme va reprendre le dessus.

Si Mélusine apporte ses pleurs de deuil et revient la nuit pour éduquer ses enfants, c’est qu’elle a été victime de cette violence. 

Le destin mélusinien présente, en effet, une allégorie de la femme, incomprise, maltraitée pour la part de mystère qu’elle possède et son pouvoir incommensurable, de mettre au monde l’homme, comme Mélusine Raymondin, et par dessus tout, pour sa capacité à donner la vie.

MELUSINE-Philippe Jamet-Fournier (1987)
 MELUSINE par Philippe Jamet-Fournier (1987)

À cette première impression stéréotypée d’une Mélusine matriarcale… se présente et s’impose encore aujourd’hui l’image d’une société patriarcale… en particulier dans l’Eglise « romaine », l’homme est seigneur et maître et où l’espace réservé à la femme est une place spécifique.

Sources : en particulier - Alain Montandon ,Université Blaise-Pascal, Centre de recherches sur les littératures modernes et contemporaines

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Mélusine, qui es-tu ? 2/3

Publié le par Perceval

Mélusine, qui es-tu ? 2/3

Comme fée, Mélusine est l’image d’une femme idéalisée, inaccessible et perdue…

A l’intérieur de cet espace magique du rêve ( inconscient en partie …) son histoire commence par la rencontre merveilleuse d’un chevalier et d’une fée dans un décor médiéval. melusine_by_hagge.jpg

Créature surnaturelle : sa nature semble être mi-femme mi-animal, ne serait-elle  qu'une "femme-serpent" ?

Si Mélusine est une fée rassurante, féconde et civilisatrice , elle possède, donc, également une nature plus inquiétante…

Précisément, Mélusine est un être « spirituel » ( notre part spirituelle inconnue ou mystérieuse ) qui aspire au mariage avec un être humain afin d’acquérir une âme ( la psyché… à ne pas confondre avec l’esprit) …

Cela m’interroge sur l’identité de l’humain … Mélusine pourrait n'être qu' « une figure spectrale, qui, n’arrivant pas à s’incarner, reste le fantôme d’un vide hantant les lieux désolés »…

Mélusine, à l’inverse de Morgane (en effet, l’histoire la place dans la famille de Morgane, car il est écrit que sa mère est la sœur de la Dame de l’île d’Avalon , c'est à dire: Morgane… ! ) elle n’est pas une ravisseuse d’hommes.

Non seulement elle épouse et s’établit avec Raymondin au royaume des mortels, mais elle fonde une famille. Melusine-et-son-bebe.jpg Mélusine devient un exemple de fécondité ( 10 garçons …) et allie à la procréation une vocation de bâtisseuse qui va faire d’elle la pierre angulaire d’une lignée. une créature.

Mélusine est bonne chrétienne, une épouse dévouée à son mari et mère attentive.. mais c'est une femme-serpent, liée aux forces de la nature, une fée dotée de pouvoirs magiques.. C'est une figure ( typique de cette époque moyen-âgeuse...) païenne en même temps qu'une bonne catholique. Elle questionne l’ordre spirituel et initie certaines …valeurs. La fée Mélusine apporte la gloire, la puissance et la fortune à ceux qui lui font confiance ; et elle abandonne ceux qui trahissent leur serment. Melusine-revient-la-nuit-allaiter-son-enfant.jpg

Cette légende devient mythe, en ce qu’elle se pose en mythe des origines, en mythe fondateur…

En effet, elle s’interroge sur l’identité féminine comme l’image d’un mystère…

Le féminin ne serait-il qu’une monstruosité ou quelque chose d’inappréhendable, qui se dérobe à l’univers masculin (l’envol de Mélusine, son départ)?

La femme est à l’image de cet « autre » la part de mystère irréductible, qui restera toujours chez l’homme dans sa représentation de l’altérité … Mystère toujours actuel, bien sûr, dans lequel s’inscrit la différence des sexes comme le non représentable…

A suivre ... 

Mélusine, qui es-tu ? 2/3

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La légende de Mélusine. 1/3

Publié le par Perceval

A la fin du XIV° siècle ( 1392 ), Jean d'Arras, écrit une "Histoire de Mélusine" ( 1392 ), où il relate "l'histoire vraie des événements stupéfiants qui survinrent au noble château de Lusignan, dans le Poitou". Melusine-julius-hubner.jpgOn y évoque les amours de Mélusine et du seigneur Raymondin de Lusignan. La fée serait d'ailleurs à l'origine de cette noble famille de Poitou. Cette légende s’enchasse dans une histoire plus large qui commencerait dans le royaume d'Albany ( Ecosse en celte )  avec la rencontre du roi Elinas, et de la fée Persine (ou Presine) … Ensuite, après la trahison de leur père, leurs trois filles: Mélusine, la deuxième Mélior et la dernière Palestine, se retrouvent sur l'île magique d'Avalon… Le cœur de la légende se résume ainsi : ( nous y reviendrons en détail …) melusine 11

Mélusine, maudite par sa mère, est condamnée à avoir chaque samedi le corps transformé en queue de serpent dès le nombril. Elle rencontre Raymondin et lui offre sa main à la seule condition qu’il renonce à la voir ce jour fatal. Raymondin consent à ce mariage et devient le plus puissant seigneur du Poitou. Bâtisseuse, Mélusine fait défricher le territoire et entreprend la construction d’une magnifique forteresse qu’elle nomme Lusignan.  Dix garçons, tous affligés d’un signe étrange, naissent de cette union. Mais un samedi, persuadé d’être trompé, Raymondin transgresse l’interdit et surprend son épouse prenant son bain à moitié serpente…

Son secret dévoilé, Mélusine s’enfuit, et survole les tours du château de Lusignan avant de disparaître …

Ce résumé se retrouve bien pauvre et trop simple… Cette histoire est elle-même tissée de mythes éternels et de toute l’humaine condition …. Mythes du couple, du rapport de l'homme et de la femme, sans doute plus ou moins fée, féconde, inlassable bâtisseuse, éternellement belle, aussi longtemps que l'homme aimé et comblé des bienfaits de son amour ne lui ôte son droit à son mystère, et la perd ( peut-être) pour toujours, dès lors qu'il a percé ce mystère...

melusine_the_mermaid_by_harpyqueen.jpg

Ce dont parle le mythe c’est cette part de mystère irréductible, qui restera toujours chez l’homme dans sa représentation de l’autre ( ici, la femme ). Sa fonction semble être l’inscription de la différence des sexes comme le non représentable, ce dont seul le mythe peut rendre compte. Mélusine, est plus qu’un personnage féminin, elle symbolise « l’anima »… L’anima représente la relation à « la source de vie » se trouvant dans l’inconscient. Dans cette histoire, Mélusine est une exaltation du Principe féminin. Elle possède d’immenses pouvoirs … femme toute-puissante, mère archaïque … Mais, et c’est le propre du conte… Le héros vit et rencontre des épreuves : ici la fragilité de l’amour… Il y est donc question de l’amour et de son lien au mystère, au secret, à la dignité, à la solitude… A suivre ....

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