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Perceval ou Le Conte du Graal - Chrétien de Troyes

Publié le par Perceval

Perceval ou le conte du graal Enluminure_3Le Conte du Graal est le titre donné par Chrétien de Troyes (1135-1185). On pourra toutefois le trouver sous le nom de Perceval ou de Perceval le Gallois.

Écrit au XII° siècle, ce cinquième roman restera inachevé puisque son auteur mourra avant de pouvoir le finir.

L'œuvre est dédiée à Philippe, comte de Flandres, qui a vécu entre 1143 et 1191.

Le conte du Graal Arrivée de perceval au Chateau du Graal, Cortège du Graal manuscrit 1330

Manuscrit daté de 1330

Reçu au château du Roi Pêcheur, le naïf Perceval assiste au cortège du Graal mais n'ose pas demander qui l'on sert et ce qu'il contient - questions qui auraient permis de guérir le roi infirme et de rendre la prospérité à la Terre Gaste (dévastée)

Le Conte du Graal a été conservé dans quinze manuscrits et a été publié cinq fois.

Le texte a posé problème. Ceci tient essentiellement au nombre de copies conservées, qui illustrent clairement le jeu des croisements, emprunts, contaminations ou échanges, sans parler des réfections ou des retouches plus ou moins arbitraires des moines copistes.

Chrétien n'avait pu écrire "que" 9234 octosyllabes. La suite des aventures de Perceval et de Gauvain est écrite par trois autres auteurs:

- Wauchier de Denain, Gerbert de Montreuil et Manessier sous la forme de 4 continuations totalisant plus de soixante-dix mille vers,

- Puis, d'une adaptation en vers, le Roman de l'histoire du Graal, attribuée à Robert de Boron (vers 1200)

- et d'une prose anonyme, Perlesvaus ( vers 1215). Par ailleurs, l'oeuvre de Chrétien s'intègre au cycle arthurien en prose connu sous le nom de Vulgate arthurienne (vers 1215-1235).

Perceval quitte sa mère
Perceval quitte sa mère

L'histoire en est la suivante: 

Une femme dont les deux premiers fils et le mari ont été tués, se cache dans une forêt pour élever son dernier enfant, Perceval, et l'éloigner de la chevalerie, cause de la mort de ses proches. Cependant, Perceval rencontre un jour un groupe de chevaliers qui le fascinent par leurs armures étincelantes.

Il part, malgré les supplications de sa mère, à la Cour du Roi Arthur. Ce jeune homme niais et rustre se fait remarquer par son attitude, vite oubliée cependant puisqu'il sort vainqueur de son premier combat. Il est alors fait chevalier et part à l'aventure avec un autre chevalier qui le place sous sa protection, Gornemant de Goor. Ce dernier lui apprendra tout ce qu'il devra savoir. Perceval se révèle être doué, ce qui est sans doute dû à ses nobles origines.

Il conquiert, entre-temps, le cœur de Blanchefleur, qui deviendra son épouse. Il continuera cependant ses aventures.

Un soir où il cherche un refuge, le jeune chevalier arrive au château du roi Pêcheur.

Des valets l'habillent d'écarlate et l'introduisent dans une vaste salle carrée au milieu de laquelle gît, à demi couché sur un lit, un homme vêtu de zibeline.

Pendant que Perceval s'entretient avec lui, il est témoin d'un spectacle étrange : Un valet qui tient une lance au bout de laquelle perlait une goutte de sang s'avance. Deux autres valets suivent avec des chandeliers en or. Puis vient une belle jeune fille richement parée. Elle porte un Graal d'or pur orné de pierres précieuses. Une autre jeune fille porte un tailloir ou plateau en argent. L'étrange cortège va d'une pièce à l'autre tandis qu'on prépare un splendide souper. A chaque plat, le cortège réapparaît avec le Graal, sans que les assistants semblent y faire attention.

Bouleversé et intrigué, Perceval, s'interroge. Mais il se souvient des conseils de Gornemant qui lui a recommandé de réfléchir avant de parler et de ne pas poser de questions indiscrètes. De ce fait, il se tait. Après le repas, le châtelain, qu'un mal mystérieux semble ronger, se fait porter dans sa chambre par quatre serviteurs. Perceval s'endort à son tour.

À l'aube, en se réveillant, il trouve le château vide. Actionné par des mains invisibles, le pont-levis s'abaisse devant lui. Perceval reprend la route, mais il est bien décidé à élucider le mystère et surtout à retrouver un jour le Graal. Un peu plus tard, le jeune chevalier rencontrera une dame d'aspect horrible, qui lui reprochera le fait de ne pas avoir posé de questions, ce qui aurait pu sauver le roi pêcheur. Cinq ans plus tard, Perceval rencontrera un vieil ermite, son oncle, qui lui révèlera ce qu'est le Graal.

Sur le récit concernant Perceval, vient également se greffer le personnage de Gauvain, il contraste et complémente la figure de Perceval. Ses aventures nous présentent un chevalier courtois qui doit agir dans des situations contraires à la courtoisie (notamment le mensonge) pour laver son honneur souillé.

Perceval combat le chevalier vermeil
Perceval combat le chevalier Vermeil

 

Le conte du Graal a fortement influencé la littérature médiévale.

Le Parzival de Wolfram von Eschenbach est une des plus grandes œuvres de l'Allemagne médiévale.

Un autre personnage est le Gallois Peredur, fils d'Evrawc, héros d'un des trois romans gallois, les Y tair rhamant, associés aux Mabinogion (Ces trois romans sont: Peredur ab Evrawc, Gereint ac Enid, et Owein ).

Sur le plan musical, Wagner, en 1882, présentera son Parsifal, inspiré par Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach.

 

Extraits

Il s'agit du passage où Perceval découvre les chevaliers.

C'était au temps où les arbres fleurissent, les bois se feuillent, les prés verdissent, où les oiseaux dans leur latin avec douceur chantent au matin, et où toute chose s'enflamme de joie: le fils de la Veuve Dame de la Déserte Forêt perdue se leva et de bon cœur sella son cheval de chasse, se saisit de trois javelots et sortit ainsi du manoir de sa mère en se disant qu'il irait voir les herseurs qui pour sa mère hersaient les avoines, avec leurs douze bœufs et leurs six herses.

Ainsi pénètre-t-il dans la forêt et aussitôt, au fond de lui, son cœur fut en joie pour la douceur du temps et pour le chant qu'il entendait des oiseaux qui menaient joie. Toutes ces choses lui plaisaient. Le temps était doux et serein: il ôta au cheval son frein et le laissa librement paître à travers la nouvelle herbe qui verdoyait. En homme très habile au lancer, il allait lançant tout alentour les javelots qu'il portait, en arrière, en avant, en bas, en haut.

Pour finir, il entendit parmi le bois venir cinq chevaliers armés, de toutes pièces équipés. Elles faisaient un grand vacarme, les armes de ceux qui venaient! A tout instant se heurtaient aux armes les branches des chênes et des charmes, [les lances se heurtaient aux écus, les mailles des hauberts crissaient], tout résonnait, bois ou fer des écus et des hauberts. Le jeune homme entend, mais sans les voir, ceux qui arrivent à vive allure.

Il s'en émerveille et se dit: "Sur mon âme, elle a dit vrai, madame ma mère, quand elle m'a dit que les diables sont la plus effrayante chose du monde! Elle a dit encore, pour m'enseigner, qu'il faut, pour eux, se signer. Mais non! Jamais je ne ferai le signe de croix, je n'ai pas besoin de cet enseignement. Au contraire! Je serai si prompt à frapper le plus fort d'un des javelots que je porte que, certes, n'approchera de moi aucun des autres, j'en suis sûr!"

Voilà ce que se dit à lui-même le jeune homme, avant de les voir. Mais quand il les vit tout en clair, au sortir du bois, à découvert, quand il vit les hauberts étincelants, les heaumes clairs et brillants [et les lances et les écus, choses qu'il n'avait jamais vues], quand il vit le vert et le vermeil reluire en plein soleil, et l'or, et l'azur et l'argent, il trouva cela vraiment beau et noble et s'écria: "Doux Seigneur, mon Dieu, pardon! Ce sont des anges que je vois là! C'est vraiment grand péché de ma part, et bien mauvaise action d'avoir dit que c'était des diables. Elle ne m'a pas raconté d'histoire, ma mère, en me disant que les anges sont les plus belles choses qui soient, Dieu excepté, qui est plus beau que tout. Mais c'est Notre Seigneur Dieu lui-même, c'est sûr, que je vois ici! Car il en est un de si beau, que je regarde, que les autres, Dieu me garde! n'ont pas le dixième de sa beauté. C'est ma mère elle-même qui m'a dit qu'on doit croire en Dieu et l'adorer, s'incliner devant lui et l'honorer. Je vais donc adorer celui-ci et tous ses anges avec lui."

 

Voici le passage où Perceval est au château du roi Pêcheur:

Tandis qu'ils parlaient de choses et d'autres, un jeune noble sortit d'une chambre, porteur d'une lance blanche qu'il tenait empoignée par le milieu. Il passa par l'endroit entre le feu et le lit où ils étaient assis, et tous ceux qui étaient là voyaient la lance blanche et l'éclat blanc de son fer. Il sortait une goutte de sang du fer, à la pointe de la lance, et jusqu'à la main du jeune homme coulait cette goutte vermeille.

Le jeune homme nouvellement venu en ces lieux, ce soir-là, voit cette merveille. Il s'est retenu de demander comment pareille chose advenait, car il lui souvenait de la leçon de celui qui l'avait fait chevalier et qui lui avait enseigné et appris à se garder de trop parler. Ainsi craint-il, s'il le demandait, qu'on ne jugeât la chose grossière. C'est pourquoi il n'en demanda rien.

Deux autres jeunes gens survinrent alors, tenant dans leurs mains des candélabres d'or pur, finement niellés. Les jeunes gens porteurs des candélabres étaient d'une grande beauté. Sur chaque candélabre brûlaient dix chandelles pour le moins.

D'un graal tenu à deux mains était porteuse une demoiselle, qui s'avançait avec les jeunes gens, belle, gracieuse, élégamment parée. Quand elle fut entrée dans la pièce, avec le graal qu'elle tenait, il se fit une si grande clarté que les chandelles en perdirent leur éclat comme les étoiles au lever du soleil ou de la lune. Derrière elle en venait une autre, qui portait un tailloir en argent.

Le graal qui allait devant était de l'or le plus pur. Des pierres précieuses de toutes sortes étaient serties dans le graal, parmi les plus riches et les plus rares qui soient en terre ou en mer. Les pierres du graal passaient toutes les autres, à l'évidence. Tout comme était passée la lance, ils passèrent par-devant le lit, pour aller d'une chambre dans une autre.

Le jeune homme les vit passer et il n'osa pas demander qui l'on servait de ce graal, car il avait toujours au cœur la parole du sage gentilhomme.

 
 

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